Editorial de Madame la Rectrice

« Chut ! »

                Cet appel au silence, lui-même économe de paroles, il n’est pas même un mot. Il est cette suspension temporaire du langage qui permet de mieux écouter et ainsi, de mieux dire. Les participants au Printemps de l’écriture 2018 sont ainsi appelés à se saisir de cette caisse de résonance du silence pour faire vibrer leurs mots et captiver leurs lecteurs par les mystères de la parole.

Quel lecteur en effet n’a jamais été pris au jeu de la savante dissimulation du roman policier et au plaisir de la révélation finale ? Ce qui nous fascine alors c’est la lente déconstruction du silence qui fait écran à notre volonté de savoir, la disparition de ce voile de plus en plus translucide dont on se demande s’il n’est pas en soi plus désirable et plus captivant que la parole promise et attendue.

Qui n’a encore éprouvé ce saisissement d’émotion lorsque le silence est le signe qui indique en creux la présence d’une intimité dont la profondeur – souvent tragique – nous point au cœur de ce qui fait notre humanité ? Silence des familles lourd de secrets et de menaces. Silence où les consciences parlent plus clair, dévoilent leurs arcanes que le flux langagier quotidien sait si bien dissimuler.

Inscrit dans l’Histoire, le silence est ce que le devoir de Mémoire nous appelle à dépasser : l’écriture redonne alors voix aux victimes des tragédies collectives récentes ou plus anciennes qui, de la traite négrière à la Shoah ou à nos guerres contemporaines, se sont attachées à faire taire. Ecrire signifie alors lutter contre le silence.

Mais écriture et silence ne mènent pas toujours un sourd et impitoyable conflit. L’injonction au silence devient alors un appel à l’exigence, à la recherche d’une parole essentielle que l’on poursuit. Faire silence est ainsi ce moment de recueillement et de réflexion nécessaire au surgissement de toute parole  vraie. Ainsi, c’est en tant que notation musicale constitutive de notre langage que se déploie le silence dans l’espace de la page.

Nous ne doutons pas que les équipes pédagogiques et les élèves s’attacheront à rendre à leur tour le silence parlant. Il y aura là sans doute abondante matière pour enrichir leur Parcours d’Education Artistique et Culturelle.

Nous savons pouvoir également compter sur des partenaires passionnés qu’il s’agisse des structures culturelles ou encore des libraires : nombreux seront les manifestations et ateliers proposés en rapport avec le thème de cette année.

Il est temps pour nous de nous taire pour laisser place à la créativité de chacun.

Bon Printemps de l’écriture 2018 à toutes et à tous !