Analyse de l’affiche du Printemps de l’écriture 2020 par Elsa Mahieu-Dehaynin, faisant fonction d’IA-IPR d’Arts plastiques dans l’Académie de Strasbourg

 

 

Voici une affiche qui interpelle et il est intéressant de se demander pourquoi. Car si le fait qu’elle ne nous laisse pas indifférents est dû, pour une bonne part, à ce qu’elle représente, des doigts transformés en pâtes par l’intermédiaire d’une machine, son efficacité visuelle s’appuie aussi fortement sur d’autres choix plastiques. Ainsi dans l’analyse de cette affiche comme dans l’analyse de tout visuel, il s’agit de se questionner sur ce qui est représenté, mais aussi sur la manière dont cela est représenté et sur le sens qui naît de ces différents choix. Pour les plus grands, de ce point de vue, l’analyse développée par Roland Barthes à propos d’une publicité de la marque Panzani[1], déjà une histoire de pâtes et de « fait main », peut être l’occasion de distinguer dénotation et connotation.

En termes de composition, nous pouvons observer plusieurs partis pris. Premièrement, l’auteur a structuré son image à l’aide d’un axe vertical passant par la main positionnée à droite et se prolongeant par les pâtes. Le point d’exclamation et le pied de la machine apparaissent comme des échos visuels à cette ligne de construction. Deuxièmement, l’oblique matérialisée par la manivelle apporte une dynamique à l’image qui renforce l’idée de mouvement et dialogue avec d’autres obliques, presque parallèles, présentes au niveau de la machine ainsi que du logo. Troisièmement, le cadrage joue sur l’existence d’un hors champ. Seules les mains anonymes sont en partie visibles, cela permet de focaliser l’attention et le message sur l’action même et de faciliter la projection du regardeur.

 Du point de vue du style, plusieurs niveaux de réalisme cohabitent dans cette représentation. Si les volumes de la machine et du récipient sont affirmés par la représentation d’ombres et de reflets, les mains et les pâtes apparaissent plus stylisées. La vibration du traitement aux crayons de couleur de la main plongeante se prolonge ainsi par les lignes verticales des pâtes. Du point de vue de la stylisation, un niveau supplémentaire est atteint à travers le logo du concours semblant représenter un livre-feuille ouvert. Le fond en aplat annule, quant à lui, toute profondeur.

 En ce qui concerne la couleur, les mains et les pâtes, représentées au premier plan dans des tons jaunes orangés, se détachent du fond bleu violacé, créant un contraste de complémentaires ainsi qu’un rapport entre couleurs chaudes et couleurs froides, qui peut faire particulièrement sens lorsque l’on parle de cuisine. Alors que le traitement en nuances de gris de la machine et du récipient renvoie à l’aspect froid et métallique de ces objets, la proximité des nuances utilisées pour les mains et les pâtes rapprochent visuellement ces deux derniers éléments et accentuent le principe d’analogie visuelle. Loin de nous plonger dans une ambiance sanguinolente, ces choix de couleurs nous éloignent encore d’une lecture littérale de l’image.

 Enfin, les principaux éléments textuels, présents dans cette affiche, nous donnent deux indications. D’une part, le sujet de l’année « À table ! », reprenant la couleur des pâtes, fait écho à la table représentée dans l’image. Il y a là une invitation à se mettre à son bureau pour concocter des histoires, seul ou à plusieurs, puis pour les partager avec d’autres. D’autre part, le logo vient replacer cette proposition dans son contexte : il s’agit d’un concours d’écriture dont le jury et la remise des prix se dérouleront au printemps 2020.

 À la suite de l’étude de ces différents paramètres plastiques, nous pouvons nous demander, comme devant toute affiche de communication visuelle, quel est le message général que l’auteur a souhaité faire passer. Il semble qu’à travers cette métaphore visuelle, c’est l’implication physique du créateur qui est mise en avant. Les différents choix plastiques concourent ainsi à présenter une vision apaisée et légère de la plongée dans l’écriture. Il ne s’agit pas d’un acte destructeur, mais d’un acte de transformation en vue d’une création à venir, du passage de l’idée à sa concrétisation. Il y a là une invitation à s’impliquer, à mettre de soi afin de nourrir son texte d’éléments vécus ou imaginés…ou, tout simplement, à mettre la main à la pâte.

 

Elsa Mahieu-Dehaynin
Faisant-fonction
IA-IPR d’arts plastiques

 

 



[1]Barthes R., Rhétorique de l’image, in Communication affiche PE 2020n°4, 1964, pp. 41-42