Conseils pour écrire

Alexandre Dulaunoy, Blue(s) at CCCB
L’écriture journalistique en presse écrite
Un article de presse a pour vocation d’informer, il doit donc donner des éléments précis qu’il convient de vérifier, soit par soi-même, soit en croisant plusieurs « sources ». Un article, que ce soit une « brève » (très court) ou un grand reportage, est sensé répondre à quelques questions essentielles QUI, QUOI, QUAND, OÙ, COMMENT et/ou POURQUOI. Ces éléments doivent absolument arriver en début d’article pour que le lecteur sache où l’on veut en venir, et qu’il puisse avoir quand même l’information essentielle s’il décide de ne pas lire tout l’article.
Les éléments essentiels doivent aussi se retrouver sans répétition ou redondance dans la « titraille » : le titre et l’éventuel surtitre, l’accroche (une ou deux courtes phrases selon les journaux pour « lancer » le sujet, en le résumant, la légende photographique, les intertitres (petits mots ou bouts de phrases tirés de l’article).
Pour être lu et faire passer ces informations, il faut aussi donner envie de lire, être « incitatif » : c’est le but notamment du titre, qui doit donner envie d’en savoir plus et ne pas être un simple résumé des mots-clés du texte. Trouver un bon titre est un exercice difficile. Le style de l’article sera le plus vivant possible : avec des citations, des phrases courtes, une langue riche et un style rythmé.
Les citations, ce sont les paroles reprises d’une personne interviewée. Celles-ci doivent être absolument fidèles à ce qu’a dit la personne (soit on l’enregistre, soit on note mot à mot). On ne résume pas à la place de la personne. Ces citations de détails permettent de s’imaginer la personne en train de parler (sourires, regards, gestes). Dans un article classique, on peut alterner les descriptions et explications parfois un peu techniques avec des citations pour rompre la monotonie. Il faut bien sûr toujours préciser au lecteur le prénom et le nom de la personne qui parle, ainsi que sa fonction ou sa raison de prendre la parole par rapport au thème de l’article.
En presse écrite, les mots doivent remplacer la caméra ou le micro : ils donnent à voir et entendre. Lorsque l’on rédige, il faut se mettre à la place du lecteur qui ne connaît rien du sujet, et se demander si ce que l’on écrit est assez évocateur. Il faut penser à décrire avec tous ses sens (donner les odeurs, les couleurs, les formes, la chaleur, etc. ) car cela met le lecteur en situation de reportage.
Le journalisme s’appuie sur des exemples qu’il généralise ensuite pour expliquer un phénomène. On part d’un détail, d’un point particulier pour amener à l’idée plus générale.
Le vocabulaire doit être le plus précis possible. On peut jouer à remettre en question presque tous les mots d’un article en se demandant si ce sont les plus appropriés pour ce que l’on veut dire : souvent ce travail est très bénéfique et permet de mieux utiliser les richesses de la langue.
Dans le cas d’un dossier sur un sujet, on aime en journalisme varier les « entrées », c’est-à-dire donner plusieurs « angles », plusieurs points de vue sur un sujet. Donner le thème principal par exemple avec l’organisateur d’un événement qui explique sa démarche, le point de vue d’un utilisateur, et un « encadré » pratique pour ceux qui veulent s’y rendre.
Bien entendu, l’illustration tient une place capitale, car c’est elle que l’on voit en premier. On a beau avoir un article bien composé, s’il est présenté en texte compacté, personne n’aura envie de le lire. En revanche si une belle photographie, informative, en lien avec le titre, ouvre le « papier », le lecteur va être mis en appétit, surtout si la photographie est vivante, avec au moins un personnage en situation. On peut aussi utiliser le dessin ou l’infographie. Pour bien construire un article classique, outre la « titraille » évoquée plus haut, il faut commencer par rédiger une « attaque » c’est-à-dire une entrée en matière un peu percutante : soit une citation directe, soit une phrase qui intrigue, ou une action… On doit y retrouver un ordre logique (les transitions doivent être des chevilles du texte) et le terminer par une « chute », petite pirouette qui rappelle éventuellement le début du papier, sous forme de clin d’œil, à l’opposé d’une « conclusion » traditionnelle.
Charlotte Dorn, Journaliste
Dernières Nouvelles d’Alsace
L’écriture journalistique en presse radiophonique
Un journaliste de presse radiophonique a les mêmes obligations de rigueur qu’un journaliste de presse écrite ou audiovisuelle. Avant de relater une information, il faut l’avoir vérifiée soi-même ou à l’aide de plusieurs sources concordantes. Le journaliste doit se poser les questions Qui, Quoi, Quand, Où, Comment, et Pourquoi et tenter d’y répondre. Car il s’agit avant tout de « raconter une histoire » et de rendre son sujet compréhensible par le plus grand nombre de personnes, même si celles-ci ne sont pas spécialistes du sujet.
En presse radiophonique, il existe, comme en presse écrite ou en télévision, un vocabulaire particulier. Pour ce qui est de l’information, deux choix possibles : le journal et le flash. Les journaux sont plus longs que les flashs et comportent différents éléments réalisés par plusieurs journalistes. Les flashs et les journaux ne sont écrits et présentés à l’antenne que par un seul journaliste et toujours en direct.
Le premier élément existant en radio, c’est le « son » : il s’agit d’un morceau d’interview choisi et monté par le journaliste. Si la personne interrogée est un spécialiste, c’est son avis d’expert qui intéresse l’auditeur, c’est à dire son expérience professionnelle. Si la personne interrogée est un anonyme, on cherchera son témoignage, son histoire pour illustrer le sujet traité. Qu’il s’agisse d’un professionnel ou d’un anonyme, il faut toujours présenter la personne avec son prénom, son nom, ses fonctions. Attention, certaines personnes qui livrent leur témoignage préfèrent le faire de façon anonyme ou en donnant juste leur prénom. Une demande qu’il faut bien sur respecter à l’antenne.
Le deuxième élément est le « papier ». C’est un texte écrit et parlé uniquement par le journaliste. Il peut être utile pour rapporter une histoire, un fait divers, ou un compte-rendu d’audience lors d’un procès. Souvent le journaliste y rapporte des propos qu’il a entendu mais qu’il n’a pas pu enregistrer. Il faut alors citer les propos exacts de la personne. Le papier peut également permettre de donner des informations pratiques aux auditeurs : les résultats d’un sondage comportant de nombreuses données chiffrées, ou encore le nom des rues qui vont être fermées en prévision d’une manifestation par exemple.
Enfin, dernier type d’éléments radio, « l’enrobé » ou « papier cadeau ». Ce dernier mixte le « son » et le « papier ». Le journaliste donne certaines informations par le canal de sa voix et utilise des morceaux d’interviews pour en divulguer d’autres.
Attention ! Les formats en radio sont très courts. Un « son » durera entre 40 et 55 secondes. Un « papier », une minute maximum, un « enrobé » entre 1 minute 15 et 1 minute 30.
La durée des reportages étant très courte, le journaliste radio se doit de faire des choix. Dans le traitement d’un sujet, il ne pourra pas forcément faire état de toutes les informations qu’il a recueillies. D’où l’importance de choisir l’angle de son sujet avant de procéder au montage.
L’écriture radio a évidemment ses particularités. Si chaque journaliste a son propre style, il y a tout de même des principes généraux qu’il faut respecter car ce que l’on écrit est destiné à être écouté. On doit donc écrire comme si on parlait à quelqu’un, ne pas faire de phrases trop longues, utiliser le style direct et surtout trouver un rythme qui est agréable à l’écoute. Quand j’écris un « enrobé » ou un papier, je le relis sans cesse à voix haute pour savoir si ce que je dis n’est pas trop compliqué à comprendre. Il faut toujours se dire qu’un auditeur n’entendra qu’une fois ce qu’on lui rapporte, ce n’est pas comme en presse écrite où le lecteur peut lire et relire l’article. En radio, il faut savoir faire simple et concret pour être compris par tous tout de suite.
Les phrases sont donc souvent courtes, elles peuvent même ne pas comporter de verbe pour un style plus « parlé ». Mais attention, cela ne veut pas dire qu’il faut user d’un registre familier. Il faut aussi avoir à l’esprit que l’auditeur ne voit pas ou n’a pas vu ce dont on parle. Si on est allé faire un reportage lors d’une manifestation ou d’un spectacle, il ne faut pas hésiter, par exemple, à donner les slogans inscrits sur les pancartes des manifestants, ou à décrire les costumes et les décors.
Derniers conseils, en radio, il faut veiller à l’aspect technique en presse radiophonique. Quel que soit le matériel utilisé pour enregistrer les interviews, il faut toujours le vérifier avant de partir en reportage et être sûr d’avoir un support pour enregistrer. Ces réflexes sont primordiaux pour être serein lors du reportage lui-même. Il n’y a rien de plus terrible que de recueillir un témoignage inédit ou poignant et de se rendre compte une fois celui-ci recueilli qu’il na pas été enregistré.
La phase de montage aussi est très importante. Il ne faut pas couper les respirations des gens, ne pas déformer leurs propos.
Enfin, pour comprendre le style radio, il faut entrainer son oreille et pour ce faire il faut écouter régulièrement les informations sur des chaînes généralistes, les flashs et les journaux y étant présentés normalement toutes les heures à horaire fixe.
Justine Sauvage
