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La Zunft

Par Anne Rauner

Publié le à définir

Qu’est-ce qu’une Zunft ? Revenir au début du texte

La Zunft, métier et corporation

Les termes de corporation et de métier ont longtemps été synonymes dans l’historiographie et les sources utilisent le plus souvent le mot Zunft pour désigner l’un et l’autre. Aujourd’hui, l’on distingue le métier de la corporation, tout en établissant des liens entre les deux structures :

Les sources ne distinguent toutefois pas avec clarté les attributions du métier et de la corporation.

Le plus souvent, une corporation englobe plusieurs métiers, sans qu’il soit toujours possible de comprendre les raisons de ce regroupement. Ainsi, les membres de la corporation de la Fleur exercent tous des professions liées à la préparation de la viande (bouchers, tripiers, etc.), tandis que la corporation du Miroir rassemble les grands marchands strasbourgeois et des artisans plus modestes comme les chapeliers et les ceinturiers. Seules certaines professions, les jardiniers et les pêcheurs par exemple, forment leur propre corporation.

Vitrail de la Lanterne

Vitrail de la Lanterne
Photo Service de reprographie des musées de Strasbourg, 2012
Coll. Musée historique de Strasbourg (D.88.2006.4.1)

Chaque corporation est nommée en fonction du nom d’un métier membre – c’est le cas pour les boulangers - ou du nom de son poêle – comme c’est le cas pour la Lanterne, la Mauresse ou le Miroir. Chacune d’elles possède par ailleurs un emblème qui permet de l'identifier.

Les armes de la corporation de la Lanterne sont ainsi visibles sur un vitrail daté de 1604 et conservé au musée historique.

La corporation de la Lanterne (zur Luzern) regroupe les professions liées à la farine : les meuniers, les marchands de grains, les fariniers, les amidonniers, mais aussi les chirurgiens et les barbiers. Elle doit son nom à l'enseigne de la maison qui tenait lieu de poêle de la corporation. Sur cette enseigne, on pouvait voir un ours tenant une lanterne. La rue du poêle prit aussi le nom de Luzerngasse (rue de la Lanterne). Elle se situe aujourd'hui entre la rue Gutenberg et la rue du Vieux Seigle.

Le vitrail présenté ici est sûrement l'œuvre de Bartholomeus II Linck, fils d'un célèbre verrier suisse installé à Strasbourg depuis 1581. L'écu de la corporation avec l'ours, au centre, est entouré de figures allégoriques dont celle de la Justice à gauche. Ce vitrail a été restauré au XVIIIe siècle.

Les autres usages du mot Zunft

Mais la multiplicité de sens du mot Zunft dans les sources rend sa définition encore plus complexe puisque ce terme peut désigner à la fois l’association de métier (Handwerk), la confrérie de métier (Bruderschaft), le poêle (Zunfthaus/Trinkstube) et l’unité militaire. Derrière le mot corporation se cache donc quatre types d’organisations liées entre elles et malgré tout autonomes. Il faut toutefois souligner que les artisans et commerçants s’identifient à l’association de métier et au poêle avant de s’identifier à la corporation dans sa dimension politique.

Si, le plus souvent, on est membre des quatre institutions, on peut aussi ne pas appartenir aux autres. On peut, par exemple, appartenir au métier, mais pas au poêle ou à la confrérie, tout comme l’on peut entrer dans la confrérie mais pas dans le métier. La première condition à remplir pour appartenir à l’une des formes de la Zunft est de verser un droit d’entrée – une somme parfois importante ; à quoi s’ajoute le fait d’avoir bonne réputation.

Le poêleRevenir au début du texte

Le poêle : implantation et fonctionnement

Le poêle est le lieu où se réunissent les membres de chaque association de métier et chaque corporation. Il a souvent un nom qui devient parfois celui de la corporation, comme c’est le cas pour la corporation de la Mauresse ou du Miroir.

L'implantation des poêles dans la ville

À la fin du Moyen Âge, on compte quarante-huit poêles dans la ville ; puis, tout au long du XVIe siècle, s’opère un regroupement des métiers : certaines associations de métier abandonnent leur poêle au profit de celui de la corporation. Acheter ou louer un poêle est en effet un luxe pour une association de métier puisqu’il faut en assurer l’entretien et le fonctionnement, ce qui suppose de meubler et chauffer le lieu, de payer le personnel qui y travaille.

DOCUMENT : plan des poêles de corporation (issu du livret des AVCUS sur les corporations à Strasbourg).
De quoi s'agit-il ???

Ce plan des poêles de corporations strasbourgeois ne montre que les poêles des vingt-deux corporations qui existent encore à la fin du XVIe siècle, alors qu’il y en avait bien plus dans la ville à la fin du Moyen Age.

Les poêles de métier et de corporation ne sont pas implantés dans la ville selon une réelle logique territoriale, mais ils sont malgré tout proches des lieux où se concentrent une partie importante des artisans d’un métier. Le poêle des Tanneurs se situe ainsi non loin de l’actuelle Petite France où se concentrent les tanneurs, pour accéder facilement à l’eau nécessaire à leur activité. La plupart des poêles se trouvent dans le centre de la ville. Quelques métiers sont pourtant implantés hors de l’ellipse insulaire pour des raisons évidentes. Les bateliers et les pêcheurs se sont établis le long des quais, les jardiniers dans les faubourgs où les jardins sont particulièrement nombreux, les bouchers dans les quartiers périphériques, sur la rive droite de l’Ill, où ils sont relégués par crainte des pollutions.

Si aucun chercheur n’a tenté pour l’instant de localiser les poêles médiévaux sur le plan Morant, ceci a été fait par Thierry Hatt sur le plan relief de Strasbourg en 1725 (site e-Nautia : accès aux contenus après une inscription gratuite).

L'adhésion au poêle

Les sources ne sont pas toujours claires quant au processus d’adhésion au poêle. Certains textes affirment que la cotisation payée pour entrer dans l’association suffit, tandis que d’autres évoquent un droit d’entrée supplémentaire. Parfois des personnes qui ne sont pas du métier adhèrent au poêle. Faute de documents, il est impossible de savoir si les femmes peuvent y entrer.

Un espace au centre de la vie de la cité

Le lieu est un cadre convivial, qui participe de la vie sociale dans la ville. Les maîtres y prennent leur repas au quotidien (qu’ils ont le plus souvent apporté de chez eux). On y organise aussi des fêtes avec repas et danses. Des règlements sont rédigés pour éviter tout débordement lors des festivités et au quotidien.

Dans les poêles strasbourgeois se joue aussi l’avenir du métier et de la cité. Le tribunal de la corporation y siège. Lors des grandes assemblées du métier, on discute des affaires économiques et de la vie politique de la ville. À ces occasions, on choisit le représentant de la corporation qui siègera dans les institutions municipales. Lorsque le Magistrat décide de mener une expédition militaire, le poêle est le point de ralliement des membres qui y participent.

Le bâtiment sert aussi d’entrepôt pour tous les biens communs du poêle : les archives, les bannières, les cierges, les linceuls utilisés lors des enterrements, le matériel militaire, le matériel nécessaire pour éteindre les incendies.

Le poêle est donc un lieu fondamental pour les métiers strasbourgeois, mais aussi pour la société urbaine toute entière : entre ses murs, se forge une identité collective.

La confrérie de métierRevenir au début du texte

L'union par la prière

Les confréries de métier ont pour fonction première d’unir ses membres pour la prière :

Un rôle social majeur

La confrérie de métier a par ailleurs un rôle social en assurant la solidarité entre ses membres. Celle-ci est fondamentale dans une ville dont beaucoup d’habitants sont des déracinés : de nombreux artisans sont originaires d’autres cités et ne peuvent compter sur aucune aide familiale. Les confrères prennent en charge les soins des malades ou des plus âgés, en achetant un lit à l’hôpital par exemple. Enfin, la confrérie participe à la discipline sociale : elle punit les jurons et les jeux de hasard, elle dicte des règles de bonne conduite à table, etc.