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Les métiers et corporations,
acteurs politiques de la ville de Strasbourg

Par Anne Rauner

Publié le à définir

Si, à partir du XVe siècle, l’Oberherr de chaque corporation est choisi parmi les membres des conseils de la ville, c’est bien parce que les Zünfte strasbourgeoises ont à la fois un rôle militaire et un rôle politique dans la cité.

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Les corporations, garantes de la défense urbaineRevenir au début du texte

Puisqu’au Moyen Âge, participer à la vie de la cité signifie aussi en assurer la défense, les corporations constituent un cadre essentiel pour la milice urbaine. Les corporations fournissent les hommes qui font des rondes dans la ville ou montent la garde pour éviter tout débordement et prévenir d’un début d’incendie.

Elles sont aussi chargées d’assurer la défense de la ville à travers la surveillance des portes et la participation aux expéditions militaires défensives ou offensives, parfois loin de Strasbourg. À cette fin, leurs membres doivent posséder l’armement nécessaire en fonction de leur fortune : les plus riches doivent par exemple assurer le service militaire à cheval à partir du milieu du XIVe siècle.

Un rôle politique majeurRevenir au début du texte

À partir du milieu du XIVe siècle, les corporations s’imposent comme un acteur majeur de la vie politique strasbourgeoise.

En 1322, les sources mentionnent l’entrée de vingt-cinq représentants des corporations au Conseil (qui compte au total cinquante personnes). Comme le rappelle B. Metz, ces représentants n’assurent cependant pas la réalité du pouvoir puisque celui-ci est aux mains de l’Ammeister issu du patriciat bourgeois et que la moitié des corporations est sous contrôle de la noblesse. Pour la première fois cependant, les métiers ne sont plus seulement des associations professionnelles mais assument une fonction politique.

Les corporations accroissent peu à peu leur pouvoir dans la seconde moitié du XIVe siècle, et plus encore au XVe siècle. En 1349, elles obtiennent trois sièges supplémentaires au Conseil et leur courte majorité leur permet de nommer l’Ammeister, issu le plus souvent des corporations de marchands et non d’artisans.
Grâce à la guerre du Dachstein, elles obtiennent une large majorité. À partir de 1433, le représentant au Conseil de chaque corporation est choisi par les quinze échevins de l’organisation. Ce ne sont donc pas les petits artisans qui arrivent au pouvoir, mais une élite composée de patriciens aux activités artisanales ou commerciales.

Entre 1462 et 1482, le nombre de corporations strasbourgeoises qui siègent au Conseil et nomment l’Ammeister diminue : il n’en reste que vingt au lieu des vingt-huit existant auparavant. Il semble que certaines corporations peinaient à trouver un représentant tant la charge de la fonction s’était alourdie. Depuis 1456, le même conseil siège deux ans au lieu d’un alors qu’il faut assister à environ cent-cinquante séances par an. Les corporations les plus fragiles disparaissent du fait de leur taille ou de leur hétérogénéité. Cette disparition est le dernier acte de la prise de pouvoir des corporations les plus puissantes à Strasbourg : les institutions politiques sont ensuite officiellement figées jusqu’en 1789.