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La Chancellerie,
l'organe administratif de la ville

Par Aude Dulat-Gravier

Publié le à définir

Des sources discrètes…Revenir au début du texte

Le bâtiment de la Chancellerie est situé à l’arrière de la Pfalz. Sa façade principale donne sur l'actuelle rue des Serruriers.

Cette situation topographique nous empêche de bien connaître l’architecture de ce bâtiment car, sur le plan Morant, on n’en distingue que le toit, en raison du type de projection utilisé.

De même, la gravure du XVIIe siècle de Schmuck, ci-dessous, ne nous laisse pas voir la façade dans son entier et avec précision. D’après ce document, le bâtiment oblong de la Pfalz et la Chancellerie sont de même hauteur, ce qui confirme la représentation donnée par Morant.

… à propos d’un lieu important dans la vie de la citéRevenir au début du texte

La Chancellerie sur le plan Morant

La Chancellerie sur le plan Morant
Ill. Morant, XVIe
Coll. Archives de Strasbourg

L'absence de documents présentant clairement la Chancellerie ne peut que nous surprendre car il s’agit pourtant d’un lieu central pour la vie de la municipalité.

C’est en effet à la Chancellerie que sont mis par écrit, authentifiés et conservés, les actes officiels du Magistrat et des Conseils, mais aussi ceux de la vie quotidienne de la cité avec les bureaux de l’Umgeld, c'est-à-dire l'octroi, impôt perçu à l'entrée de la ville sur certaines marchandises ou bien encore ceux équivalents à nos bureaux d'état civil.

L'étude de Roland Oberlé révèle ainsi que, d'après les sources sur ce bâtiment, les citoyens pouvaient consulter des documents dans des salles spécifiques. La Chancellerie servait également de banque de dépôt dès le XVe siècle. Ce bâtiment fait donc figure d’interface entre le Magistrat et les habitants.

Quand la ville était dirigée par l’évêque, la Chancellerie devait certainement se trouver au Fronhof, c'est-à-dire au sein de la résidence épiscopale, à proximité de la cathédrale. Aucune attestation ne peut cependant le certifier. Il est probable que dans les premiers temps de son fonctionnement, la Pfalz devait accueillir le service de la chancellerie. C’est avec la croissance des actes et l’accroissement de l’administration de la municipalité, que naît le besoin de créer un bâtiment spécifique. D'après Roland Oberlé, le Magistrat achète, dès 1461, des immeubles à proximité de la Pfalz avant que la construction proprement dite ne soit achevée en 1463 ou 1464.

Architecture du bâtimentRevenir au début du texte

L'architecture extérieure

Les quelques documents iconographiques que nous possédons sur la Chancellerie montrent un bâtiment de forme carrée avec un rez-de-chaussée sans fenêtre, puis trois étages avec fenêtres. La Chancellerie serait construite sur une cour close dans laquelle se trouverait une tour d’escalier. En 1464, d'après l'étude citée précédemment, un pont de pierre aurait été construit pour relier la Chancellerie à la Pfalz.

En 1562, le bâtiment est restauré par Hans Spiegel, qui aurait peut-être ajouté des colonnes ioniques. Le bâtiment est agrandi grâce à des rachats d’immeubles à proximité. En 1566 commence la construction d’un habitat de fonction pour le syndic, ou Stadtschreiber.

C’est sous son aspect de 1566 que nous est présentée la Chancellerie dans la gravure de Schmuck.

La Chancellerie

La Chancellerie
Ill. Friedrich Wilhelm Schmuck, fête à l'occasion de la naissance du duc de Bourgogne, 13 août 1682
Photo et coll. BNU Strasbourg (ref. 709813)

La gravure nous présente un bâtiment de forme rectangulaire, élevé sur deux étages et comptant trois étages de combles. D’après le document, le bâtiment serait construit en pierre de taille, tout comme le bâtiment oblong de la Pfalz. Cependant les attestations concernant celle-ci ne font pas mention de l’usage de pierre de taille. S’agit-il ici d’une recréation par l’artiste ? D’une réalité ? D’une confusion de l’artiste entre les deux bâtiments ? D’un décor d’apparat éphémère lié à la fête représentée sur la gravure ? La question ne peut être tranchée ici.

Dans cette gravure de Schmuck, le pont en pierre vers la Pfalz est bien présent ainsi qu’un pont vers le Neu Bau.

L’observation du bâtiment permet également de voir que la façade de la rue des Serruriers comporte au rez-de-chaussée une porte d’entrée et des étages séparés par des corniches. Chaque étage compte trois séries de fenêtres rectangulaires à meneaux.

La façade latérale du bâtiment est rythmée par des corniches qui séparent les étages. Ceux-ci se composent de deux fenêtres rectangulaires à meneaux. Si le bas des fenêtres est ouvert et laisse paraître des silhouettes, Schmuck dessine une vitre en cul de bouteille pour la partie haute des fenêtres. De même, il montre un encadrement extérieur des fenêtres très travaillé grâce à la présence de fresques en forme de volutes. Un cadran solaire est visible sous le faîte du toit.

Un portail à la symbolique forte

Par ailleurs, la Chancellerie est surtout célèbre grâce aux descriptions de son portail réalisé par Nicolas de Leyde. Le contrat, fixé en 1464, stipule qu’il doit réaliser une sculpture représentant les armoiries de la ville et les bustes d’un homme et d’une femme. D’après les descriptions, les armes et les bustes étaient surmontés par une Vierge à l’enfant.

Roland Oberlé rappelle que ces figures suscitent des questions quant à leur signification et leur disposition. S’agit-il de Jacques de Lichtenberg, le bailli impérial de l’époque, et sa maîtresse, Barbe d’Ottenheim, comme le pense Specklin ? S’agit-il d’un Prophète et d’une Sibylle comme le pense Leitshuh ? Les sculptures se trouvaient-elles au-dessus du portail ou au-dessus de l’escalier dans la cour ? Étaient-elles organisées de manière verticale ou réparties symétriquement dans une sorte de niche ?

Roland Recht pense que les sculptures sont disposées de manière verticale et symétrique. Selon cet auteur, il faudrait voir dans l’ensemble des personnages (une Sibylle, l'empereur ou son représentant, la Vierge, comprise ici comme le symbole de la ville de Strasbourg) une symbolique politique forte. Toutes les formes de pouvoir (pouvoir spirituel, impérial, municipal) seraient représentées dans ce travail de Nicolas de Leyde et permettraient de glorifier la Ville libre qu’est Strasbourg.

L'organisation intérieure

Le nouvel Hôtel de Ville et la Chancellerie en 1789

Le nouvel Hôtel de Ville et la Chancellerie en 1789
Lith. Frédéric Piton, 1855
Photo et coll. BNU Strasbourg (ref. 730513)

L’organisation interne du bâtiment nous est connue sommairement par différents textes (chroniques, récits de voyage) dont Roland Oberlé donne quelques extraits dans son article :

Un incendie se produira en 1686 et privera le bâtiment d’un toit jusqu’à la Révolution. À cette époque, le bâtiment sera divisé en lots puis démoli pour la construction d’un Crédit Municipal.