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Strasbourg centre

Strasbourg : place de l’Étoile et presqu’île Malraux

Strasbourg : place de l’Étoile et presqu’île Malraux
Photo Giljean Klein - Voir géolocalisation

La photographie montre un espace en mutation profonde. Prise du centre administratif de la Communauté urbaine, Place de l’Étoile (au premier plan), elle montre les fronts de Neudorf et l’îlot Malraux en travaux. À l’arrière-plan, les immeubles du quartier de l’Esplanade et au loin la Forêt-Noire peut être devinée.

Cet ensemble se trouve en zone péricentrale, le centre-ville est au nord, à gauche hors-champ. Cet espace est constitué à la fois de la zone non aedificandi qui ceinturait la ville et d’anciennes emprises portuaires. On peut voir l’ancien bassin d’Austerlitz, en service depuis 1892. Cette partie du port n’est plus en usage, les activités s’étant déplacées peu à peu vers le Rhin plus à l’est. Ces disponibilités foncières en bordure d’eau ont engagé la municipalité à reconquérir ces espaces sous forme d’un water-front comme l’ont déjà fait beaucoup de villes occidentales. Pour Strasbourg, cela a également une autre signification. Il s’agit d’urbaniser le versant rhénan de l’agglomération pour établir une jonction avec Kehl, ville riveraine en Allemagne, de l’autre côté du Rhin, avec l’idée de constituer une cohérence transfrontalière à l’agglomération.

La cité de la Musique et de la Danse, aux murs de grès rose et aux toits verts comme du cuivre oxydé est le premier bâtiment achevé. À sa droite, le centre commercial Rivetoile en construction. Il a ouvert en 2008. Ce centre commercial a une organisation innovante sous forme d’une grande allée centrale largement ouverte aux extrémités. Le modèle de la rue piétonne intérieure fonctionne relativement bien au rez-de-chaussée d’autant que plusieurs commerces sont également ouverts sur l’extérieur et assurent une inscription dans l’environnement urbain. La duplication de ce plan en sous-sol donne une galerie marchande de centre commercial bien plus banale. Ce centre commercial pose la question des stratégies urbaines en matière d’urbanisme commercial. La présence d’une enseigne d’hypermarché est-il le moyen de fixer de l’attractivité commerciale dans la partie centrale de l’agglomération pour éviter la trop forte polarisation par les établissements suburbains, ou ne risque-t-elle pas de porter un coup dur au commerce de centre-ville qui serait alors condamné à un certain déclin ?

Le projet comprend également des bureaux (siège de la Caisse d’Epargne) et des logements dans une opération qui se veut en prise avec l’espace environnant. Le contraste est très fort entre la façade sud, qui borde la route du Rhin, voie de circulation très encombrée et la façade nord tournée vers les anciens espaces portuaires réaménagés. L’une est peu attirante et fonctionne mal, l’autre est un succès auprès des promeneurs.

Derrière Rivetoile, le long bâtiment blanc, encore en chantier est la médiathèque Malraux derrière laquelle se trouve un bâtiment portuaire pas encore rénové. La médiathèque résulte de la reconversion d’un ancien bâtiment de stockage de 1932, utilisés par la société d’armement Seegmuller jusqu’en 2000. Il s’agit ici d’une intéressante reconversion du patrimoine industriel, comme il s’en fait beaucoup dans les ports aujourd’hui. La structure du bâtiment a été gardée, mais complètement relookée, l’intérieur a été entièrement refait pour assurer confort et luminosité. La mémoire du port est conservée par d’anciennes grues repeintes qui trônent comme des sculptures d’art concret (non visibles sur la photo). L’affectation des autres bâtiments de l’entreprise Seegmuller, à l’arrière de la médiathèque, n’est pas connue aujourd’hui.

Le traitement des espaces publics a depuis lors constitué un bel ensemble piéton où l’agrément de l’eau et de vastes espaces a conquis les strasbourgeois. La décision d’en interdire l’accès automobile et de privilégier des accès par des passerelles y est sans doute pour beaucoup. Cependant, l’ensemble cherche encore sa cohérence. Les opérations architecturales ont été menées successivement sans que ne se dégage de vision d’ensemble structurante. Depuis, un projet de tour-signal d’une centaine de mètres de haut, un écoquartier plus loin, l’incertitude sur le prolongement vers l’est laissent courir le risque d’incohérences dans l’organisation d’ensemble de ce qui se veut être un axe d’urbanisation majeur de la métropole strasbourgeoise pour le XXIe siècle.

On s’interroge aussi sur cette place de l’Etoile, visible au premier rang. C’est l’une des grandes portes d’entrée automobile dans Strasbourg, l’autoroute y donne directement accès. L’espace central, longtemps sans autre affectation que quelques passages de cirque et de stationnement sauvage, est paysagé en espace vert, peu fréquenté et baigné dans le bruit de la circulation voisine. La desserte des autocars s’y trouve sur la partie proche de la ville. Cette place cherche encre son rôle au-delà de la fonctionnalité d’accès.

La volonté de faire la ville sur la ville en urbanisant les espaces disponibles ou désaffectés, la mise en valeur des bassins et du patrimoine industriel, la perspective d’un axe vers le Rhin et Kehl prennent ici leur expression sous forme d’une série d’opérations d’envergure. Leur succès dépendra au moins autant de la qualité du tissu urbain ainsi créé que de la réussite architecturale de chacun des bâtiments.

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