- CRDP d'Alsace - Banque Numérique du Patrimoine Alsacien -

Notre-Dame de l'Assomption Rouffach

Page mise à jour le 28/08/2014

Rouffach, église Notre-Dame de l’Assomption : vue générale du nord-est. Rouffach, église Notre-Dame de l’Assomption : la façade occidentale. Rouffach, église Notre-Dame de l’Assomption : la tour nord. Rouffach, église Notre-Dame de l’Assomption : le chevet et la tour de croisée.
 Rouffach, église Notre-Dame de l’Assomption : gargouilles.  Rouffach, église Notre-Dame de l’Assomption : plan de l’église. Rouffach, église Notre-Dame de l’Assomption : le portail du bras nord du transept. Rouffach, église Notre-Dame de l’Assomption : la nef principale.
Rouffach, église Notre-Dame de l’Assomption : la nef. Rouffach, église Notre-Dame de l’Assomption : nef et bas-côté nord. Rouffach, église Notre-Dame de l’Assomption : le chœur. Rouffach, église Notre-Dame de l’Assomption : consoles du chœur, côté nord.
Rouffach, église Notre-Dame de l’Assomption : la grande rose de la façade. Rouffach, église Notre-Dame de l’Assomption : le « sourire de Rouffach ». Rouffach, église Notre-Dame de l’Assomption : le gisant du chevalier Werner Falcke. Rouffach, église Notre-Dame de l’Assomption : tourelles d’escaliers du jubé.

Vue suivante | 1 | Vue suivante

HISTOIRE


Habité dès le néolithique, le site de Rouffach se développe dès après la conquête romaine et les découvertes archéologiques montrent que « Rubeaquum » était un vicus gallo-romain assez développé (découvertes de thermes, fresques et sculptures). Après la constitution du royaume Franc, le site est intégré à l’Austrasie sous les Mérovingiens.

Au VIIè siècle, le roi Dagobert II offre le domaine à l’évêque de Strasbourg qui, d’après la légende, aurait guéri son fils Sigebert ; ainsi Rouffach et sa région (Soultz, Wintzfelden, Westhalten, Eguisheim …) forment le « Mundat Supérieur » et deviennent un territoire de l’évêché de Strasbourg, « mandaté » sans doute par les mérovingiens pour contrôler cette région face aux ambitions de l’évêque de Bâle et aux velléités d’indépendances des Alamans … Rapidement, l’évêque fait construire un château (Isembourg) et ceindre la cité d’un rempart, doublé au XIIè siècle.


Au XIè siècle commence la construction en grès jaune d’une église digne de ce nom, sans doute sur l’emplacement d’un premier sanctuaire, église dédiée à Notre-Dame de l’Assomption. Le chevet et le transept s’élèvent dans le plus pur style roman, dont subsistent aujourd’hui les deux bras du transept, leurs absidioles décorées de bandes lombardes et le portail sud, dont l’archivolte est surmontée d’une tête de Christ.

Vers 1215 débute la construction de la nef. L’évêque Henri de Veringen (1202-1223) avait reçu la consécration épiscopale à Sens en 1207 et avait été fort admiratif devant cet édifice construit dans un style nouveau : il revint donc à Strasbourg avec l’idée de diffuser ce style dans son diocèse : c’est ainsi que Sens influencera non seulement la cathédrale de Strasbourg, mais aussi la nef de Rouffach. Une première campagne monte les deux premières travées et les bas-côtés, la troisième étant élevée un peu plus tard. Dans le même temps, la croisée du transept est couverte d'une coupole à trompes sur colonnes, et surmontée d'une flèche à huit pans.


A la fin du siècle, vers 1290, l’ancien chœur roman est détruit et remplacé par un chœur à trois travées et à 5 pans d’octogone dans le plus pur style rayonnant. Ce chœur sera clos par un jubé élevé au tournant du siècle ; il sera détruit au XVIIIè siècle ; il en reste les deux tourelles d’escalier latérales.

Vers 1300 débute la construction du massif occidental, largement inspiré des cathédrales de Strasbourg et de Paris. Maître Wölfflin de Rouffach travailla certainement à son décor sculpté. Mais seuls furent construits le premier niveau des tours nord et sud, les trois portails, le gâble, la grande rose et le pignon-galerie. On les laissa inachevés. La tour sud sera rehaussée d’un étage jusqu’au pignon au cours du XVè siècle, avant d’être à nouveau abandonnée.

En 1508 le maître Hans de Saint-Gall reconstruit la voûte du bas-côté sud et son mur sud.


La Révolution française cause d’énormes dégâts au monument, particulièrement à sa façade et à son décor sculpté : la plupart des statues sont détruites ; seules quelques rares gargouilles subsistent. Rouffach comptait, avec Saint-Thiébaud de Thann et la cathédrale de Strasbourg, parmi les 3 sanctuaires dont les façades étaient les plus riches…

En 1866 on décide de reprendre la construction des tours en style néo-gothique, mais le chantier est interrompu par le conflit de 1870 : seul avait été réalisé l’étage supérieur de la tour nord, en grès rose de Phalsbourg.

En 1918 enfin une nouvelle sacristie est construite côté sud du chœur.


DESCRIPTION

La nef :

La nef de Notre-Dame de Rouffach se compose de trois travées doubles auxquelles correspondent six travées des bas-côtés : c’est le principe de l’alternance des supports faisant succéder à une colonne simple une pile composée portant la retombée des ogives et des arcs doubleaux. L’élévation de la nef comprend les arcades brisées à double rouleau reposant sur des colonnes alternées, un mur nu divisé par un cordon à hauteur des impostes des chapiteaux et des fenêtres hautes en triplet, l’éclairage des bas-côtés étant assuré par les fenêtres simples sans remplages.


Les voûtes, quadripartites, sont soutenues par des ogives à triple tore retombant sur les tailloirs des chapiteaux à feuillages et crochets de type bourguignon. Les moulures des ogives de la travée occidentale sont différentes de celles des deux premières travées, ce qui indique une campagne de construction légèrement postérieure.

A l’extérieur, à chaque pilier de la nef correspond un arc-boutant simple.


Le choeur :

Reconstruit sans doute vers 1280, le chœur se compose de trois travées droites prolongées par un chevet polygonal à 5 pans d’octogone, formule fréquemment utilisée dans les constructions franciscaines ou dominicaines, très en vogue à l’époque. Les grandes baies sont à trois lancettes ; de belles consoles sculptées soutiennent les colonnes engagées recevant les arcs des travées droites.


La façade :

Réalisée à partir de 1315, la façade de Notre-Dame s’inspire essentiellement de celle de Strasbourg. Elle ne possède qu’un seul portail, que surmonte un gâble et surtout une magnifique rose à 20 pétales, dont les écoinçons ajourés sont proches des roses du domaine royal français (Notre-Dame de Paris), mais dont le dessin renvoie au chantier de Strasbourg qui possédait de nombreux schémas de roses. Cette rose de Rouffach est très proche de la rose ornant l’abbatiale cistercienne d’Ebrach en Franconie, datant de la même période.

Il manque malheureusement à cette façade son décor sculpté, qui fut l’un des plus riches d’Alsace, hélas détruit par la fureur populaire lors de la Révolution française.


La sculpture :

Le décor sculpté n’a heureusement pas totalement disparu de l’église de Rouffach. Outre quelques gargouilles à l’extérieur, il reste quelques œuvres assez indicatives de la richesse du décor sculptural d’origine :

• Dans le chœur, l’ancienne porte de la sacristie est encadrée de deux très beaux visages sculptés, d’une jeune fille et d’un jeune garçon. Ce magnifique ensemble, connu sous le nom de « sourire de Rouffach », est typique de l’art du XIIIè siècle ;

• Toujours dans le chœur, de belles consoles présentent de beaux sujets allégoriques ou symboliques : l’une présente un homme, entouré de femmes portant des jarres d'où sortent les fleuves du paradis, pose les pieds sur une créature ailée ; une autre décrit un personnage entouré des représentations des 4 vivants (taureau, lion, ange, aigle), qui pose un pied sur une vouivre ; un troisième représente un démon ailé donnant à boire à un homme presque couché sur la vouivre.

• Enfin se trouve dans l’église une remarquable dalle funéraire, celle du Chevalier Werner Falcke, sans doute réalisée par Wölfflin de Rouffach vers 1340.

Commentaire des illustrations par Georges Brun.