L'architecture scolaire : histoire de la construction des écoles à Strasbourg
par Clément Keller Architecte à la Communauté Urbaine de Strasbourg..
Période de l’après-guerre : de 1945 aux années 60
Constructions dites provisoires
Les faits de guerre ayant entraîné la destruction de nombreuses écoles, le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme se charge de reconstruire des écoles en faisant appel à des procédés de construction standardisée. Sur ce principe sont construits les pavillons à rez-de-chaussée de l’école élémentaire de la Meinau (1949) en employant des éléments préfabriqués en béton pour les façades et pour des fermes de charpente ; la toiture à faible pente étant couverte de plaques nervurées en amiante-ciment. Cette école, entièrement réhabilitée en 1997, est encore en service à ce jour.
Dans le même objectif de construction d’urgence sont érigés les petits bâtiments du groupe scolaire Pourtalès à la Cité des Chasseurs (1953) et un bâtiment de 2 classes de l’école des Romains ainsi que de nombreux autres pavillons aujourd’hui démolis.
Constructions de 1945 aux années 60
Architectures types
En 1950, le conseil municipal adopte un programme de constructions scolaires destiné à mettre fin aux dispositifs provisoires d’après guerre et à subvenir aux besoins des nouveaux quartiers. Le ministère de l’éducation nationale organise des concours pour la réalisation de projets types d’écoles.
Dans un objectif de normalisation et d’industrialisation des constructions, sont déterminés des quota de surfaces et des plafonnements des prix et des subventions. La conception des écoles doit respecter des normes strictes dont, selon une circulaire ministérielle de 1952, une trame orthogonale de 1,75 mètres de côté, générant ainsi une surface de salle de 7 mètres X 8,75 mètres, soit environ 60 m², pour un effectif de 40 élèves et une largeur de couloir de 1,75 mètres.
École maternelle Lezay Marnésia - Service des Archives CUS
Plan interactif : utilisez la barre de commandes
La ville confie à son architecte Robert Will le soin de coordonner les projets en confiant à des architectes d’opérations privés le soin d’exécuter les travaux. Un projet est ainsi établi par l’architecte Cardosi pour le groupe scolaire du Quai des Alpes (actuellement école maternelle Oberlin et école élémentaire Louvois) construit en 1955. Ce « prototype » servira de modèle à la construction des nombreuses écoles des nouveaux quartiers : les écoles maternelles de la Meinau (1956), de la Ziegelau, occupée à l’époque par une école de perfectionnement (1958) et Scheppler (1959), ainsi que les groupes scolaires Gutenberg (1957), Reuss (1957), Doré (1958), Canardière (1959), Schwilgué (1959), Guynemer (1960), Lezay Marnésia (1961), Erckmann-Chatrian (1965), Branly (1966), puis avec quelques évolutions formelles, en particulier dans le rythme des ouvertures sur les façades, les groupes scolaires Fischart (1966) et Albert Le Grand (1969).
Sont ainsi construits une quarantaine de bâtiments scolaires, sans compter les nombreux gymnases et logements de service qui complètent les équipements de chaque groupe scolaire. Les écoles se répartissent en général en 3 bâtiments distincts : l’école maternelle, l’école des filles et l’école des garçons. Chaque bâtiment, en forme de barre, accueille de 8 à 18 classes réparties au maximum sur 2 niveaux en maternelle et 3 niveaux en élémentaire. L’organisation est rationnelle et répétitive : les rez-de-chaussée reçoivent des salles de classes et tous les locaux spécifiques et les étages ne sont occupés que par des salles de classe standards. Les écoles maternelles disposent d’une salle de jeux donnant directement sur la cour et située en général en extrémité du bâtiment, d’un espace de repos et d’un bureau de direction. Les écoles élémentaires disposent d’un préau à l’extrémité duquel sont installés les sanitaires des élèves.
Façades de l'école élémentaire Gustave Doré - Direction de la Construction CUS
Plan interactif : utilisez la barre de commandes
Les constructions sont réalisées avec des matériaux traditionnels, briques enduites et planchers en poutrelles et hourdis. Le traitement des façades sur cour correspond parfaitement à la répartition des salles : une trame orthogonale en saillie réalisée en béton armé et jouant le rôle de brise soleil encadre chaque salle de classe. L’éclairement naturel des salles est maximum : des châssis vitrés pivotants, afin de faciliter la ventilation, sont posés sur des allèges vitrées abaissées permettant ainsi aux élèves de voir vers l’extérieur. Les toitures sont à faible pente, dans un souci de pérennité et d’économie. Les seuls éléments décoratifs visibles de l’extérieur sont des fresques murales en pignon. Il est aussi parfois fait appel à des appareillages en moellons pour singulariser certains pignons. Ces architectures répétitives font apparaître toutefois quelques singularités dans les inflexions des bâtiments dues aux contraintes de leurs terrains d’assiette.
Architectures d’exception
Parallèlement à ces opérations types sont réalisés quelques programmes spécifiques, tel le groupe scolaire du Conseil des XV (1954). La municipalité confie à l’architecte Eugène Beaudoin la réalisation du groupe scolaire implanté au cœur de la cité Rotterdam (800 logements) dont il est le concepteur, suite à un concours national. La conception de cet ensemble fait appel à une variété de volumes et d’échelles. Les classes de l’étage bénéficient de balcons terrasses. Les couloirs sont de très faible hauteur afin que les classes reçoivent un éclairage direct par-dessus les toitures plates des circulations. Les bâtiments sont couverts de toitures terrasses débordantes Les murs de refend sont mis en valeur de part leurs surfaces et leur habillage. L’usage du béton architectonique fait écho à l’emploi massif du béton pour les immeubles d’habitation qui entourent le groupe scolaire.
Sont encore édifiées à la même époque par les services municipaux quelques écoles échappant aux plans types :
l’école maternelle Vauban (1955) dotée de deux salles de jeux circulaires superposées, détachées du bâtiment principal abritant les classes et traitées en béton brut,
l’école maternelle Pasteur (1960) située le long de l’Ill et disposant d’une petite terrasse donnant sur l’eau et d’une toiture équipée de chiens assis,
le groupe scolaire du Finkwiller (1961) dont la position des bâtiments par rapport aux rues s’inscrit dans une continuité urbaine.
Pierre Kessler
Responsable de l'édition en ligne au CRDP d'Alsace
23, rue du Maréchal Juin - 67007 Strasbourg Cedex Envoyer un courriel - Tél : 03.88.45.50.42