L'architecture scolaire : histoire de la construction des écoles à Strasbourg
par Clément Keller Architecte à la Communauté Urbaine de Strasbourg..
Période d’annexion : de 1870 à la première guerre mondiale
À partir de 1870, Strasbourg devient capitale du « Reichsland ». L’administration allemande rend obligatoire en 1871 la scolarité des garçons et des filles et le conseil municipal de Strasbourg adopte en 1872 un important programme d’éducation et de construction d’écoles primaires, selon une répartition des élèves par secteurs scolaires. Les écoles qui seront construites dans cette période le seront dans des styles successifs différents : classique d’inspiration française, éclectique et régionaliste.
Constructions de 1870 à 1914
Architecture classique française (ou néo-XVIIIe siècle)
L’architecte Conrath, maintenu dans ses fonctions d’architecte de la Ville, se voit confier la réalisation de l’école Schoepflin (1876) à ériger le long du Fossé du Faux Rempart. L’école devait accueillir 22 classes pour 1200 élèves. L’architecte, implante son bâtiment en forme de « L » ouvert vers le quartier de la « Neustadt ». Ce bâtiment entretient ainsi un dialogue avec le Tribunal et l’église Saint Pierre le Vieux en mettant en scène des perspectives monumentales, selon des principes analogues au plan d’agrandissement de Strasbourg dont il sera l’auteur en 1880. Les façades sont composées de surfaces traitées en pierre de taille, le rez-de-chaussée et les cages d’escalier, et de remplissages en briques rouges apparentes dans les étages. Les toitures sont à la mansard, couvertes d’ardoises et munies de hautes lucarnes. Le système constructif fait encore appel à des poutres et des planchers en bois mais emploie des colonnes en fonte, implantés au centre des salles, permettent d’augmenter les portées et ainsi de disposer de surfaces libres très importantes.
Façade de l'école Schoepflin - Service des Archives CUS Photo S. Aréna
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Conrath construit une autre importante école dans le faubourg de Neudorf, l’école de la Ziegelau, mais en mettant en œuvre des matériaux moins nobles. L’école se compose de 3 bâtiments, 2 bâtiments parallèles, l’un pour les garçons (achevé en 1875), l’autre pour les filles (achevé en 1878) et un bâtiment central (détruit lors d’un bombardement en 1943) pour les élèves de maternelle. Les nombreux logements pour les instituteurs situés dans les étages seront progressivement transformés en salles de classe.
École de la Ziegelau - Service des Archives CUS Photo S. Aréna
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D’autres écoles sont construites dans les nouveaux faubourgs selon le même modèle, les salles donnant directement sur les cages d’escalier, à Koenigshoffen (actuelle école des Romains) et à Cronenbourg (Rue Neuve).
Architecture de courant éclectique
Sous la direction de l’ingénieur-architecte allemand Johann Carl Ott, l’équipe d’architectes municipaux, réalise à partir de 1886 une nouvelle série d’écoles afin de répondre au fort accroissement de la population scolaire. Le style éclectique de ces écoles s’inscrit dans l’esprit du temps et répond, à l’instar des nouveaux bâtiments officiels néo-renaissances ou néo-gothiques de la nouvelle capitale de « Land », aux ambitions de la municipalité. Ainsi, la première école de la Musau, située rue de la Ménagerie, (1897) et l’école du Schluthfeld (1899) sont des bâtiments très ornementés, dotées de pignons à créneaux, de clochetons et de cheminées ouvragées, de sculptures diverses et de vitraux ornant les cages d’escaliers. La maison du concierge de l’école du Schluthfeld est à ce titre particulièrement pittoresque. Ces écoles présentent une évolution dans leur organisation spatiale, puisque sont créés de larges couloirs pour desservir les classes. Par ailleurs, il est fait appel à de nouvelles techniques de planchers à poutres en acier et dalles voûtées en béton.
École du Schluthfeld - Service des Archives CUS
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Sont érigés à la même époque l’actuel Collège Foch (1889), l’actuel Lycée Charles Frey (1892), dans un style néo-renaissance, le collège de la Robertsau (1902), orné de tours et pignons médiévaux, l’actuel Lycée international des Pontonniers (1903) inscrit récemment à l’inventaire des Monuments Historiques, l’ancien Lycée Jean-Jacques Rousseau (1905) avec un remarquable oriel et l’école maternelle de Koenigshoffen (1906) présentant un superbe portail sculpté.
Architecture de courant régionaliste
À partir de 1903, sous l’impulsion de l’architecte allemand Fritz Beblo, la production d’écoles par le service municipal s’orientera vers un style régional tout en faisant appel à des techniques modernes. Beblo puise dans l’héritage de l’architecture alsacienne les fondements de son langage architectural. Sont ainsi construits l’actuel collège Louise Weiss (anciennement école de la Musau,1904) et l’école élémentaire du Neuhof (1905). Ces constructions possèdent toutes d’imposantes toitures à forte pente, recouvertes de tuiles plates alsaciennes, faisant ainsi référence à des architectures de fermes. L’analogie de la composition volumique du collège Louise Weiss avec l’actuel musée historique, ancienne Grande Boucherie, témoigne de l’inscription de l’œuvre de Beblo dans une continuité historique. Les programmes de ces écoles intègrent à partir de moment de nouveaux éléments : salles de gymnastique, bains scolaires, cuisines, salles de chant ou de dessin, etc… Les volumétries se complexifient ainsi pour intégrer ces locaux spécifiques dans une organisation spatiale intégrant les contraintes fonctionnelles tout autant que des critères de forme. Par ailleurs, la préoccupation pour la santé et l’hygiène de l’époque est aussi prise en compte dans l’orientation préférentielle des salles de classe au Sud.
École St Thomas - Service des Archives CUS Photo S. Aréna
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Dans son projet de l’école Saint Thomas (1905), située le long de l’Ill, Beblo inscrit le bâtiment dans son environnement historique en dessinant la façade donnant sur l’eau comme celle d’un palais et en présentant de nombreuses similitudes avec le Château des Rohan. Il emprunte à l’architecture de la Renaissance alsacienne les formes pour les pignons à volutes et les tourelles placées aux extrémités de la façade. Les volumétries du gymnase et de la conciergerie, qui réemploie un ancien oriel de la Renaissance, sont traitées de façon à assurer une transition harmonieuse avec les maisons environnantes.
Cette préoccupation d’intégration urbaine est aussi présente dans la construction de l’actuel Lycée Jean Geiler de Kaysersberg (1910), la transformation pour l’école maternelle Sainte Madeleine de l’ancienne Maison des Orphelins (1911) et l’extension du Lycée des Pontonniers (1913).
L’école du Neufeld (1908) et l’actuel Lycée Pasteur (travaux interrompus en 1914 et achevés en 1924) sont réalisés dans un même esprit, mêlant des éléments d’architecture régionale et un style personnel très présent dans le dessin de détail des arcs surbaissés, des linteaux de portes, des fenêtres et des oculus des portes ovales ainsi que des divers éléments de décoration utilisant le langage des courbes.
Pierre Kessler
Responsable de l'édition en ligne au CRDP d'Alsace
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